...ant de ntre quun rouage, il organise lusine de mort, llimination de milliers dinnocents, perdant progressivement tout sentiment dhumanit en se muant en un froid calculateur. Enfin, en 1945, aprs avoir t scandalis par Himmler qui, arrt par les Britanniques, sest suicid, abandonnant ainsi ses enfants, les officiers S.S., il subit son procs à Nremberg. Accus de crime contre lhumanit, il ne comprend pas et reste ferme sur ses positions, sans prouver le moindre remords Je ne pouvais pas me permettre dtre mu. Javais des ordres, ce qui provoque lincomprhension des juges comment dissocier la nature des crimes du simple dvouement dun homme Il est finalement condamn à la peine de mort et excut.Biographie romance de 369 pages.Commentaire Comme lindique Robert Merle, La mort est mon mtier est une re-cration toffe et imaginative de la vie de Rudolf Hoess. Ce quon sait de la vie de celui-ci a t obtenu par le psychologue amricain Gilbert qui la interrog dans sa cellule à Nremberg. Mais, sil rpond au devoir de mmoire, Merle va au-delà des nombreux et pnibles tmoignages sur les camps de la mort que donnrent, immdiatement aprs 1945, les victimes juifs, tziganes... ou les vainqueurs soldats amricains, anglais, franais ou sovitiques dcrivant leurs macabres dcouvertes. Il offre un tout autre point de vue sur latrocit de cette poque en donnant la parole au bourreau. Sil adopte le cadre plutt rassurant dun rcit, il nen reste pas moins terrifiant en nous faisant plonger dans lhorreur de spectacles inhumains La fume et les flammes sortaient dune large fosse o des corps nus des deux sexes taient entasss. Sous leffet des flammes,les corps se tordaient et se dtendaient avec de brusques sursauts, comme sils avaient te en vie. Un grsillement de friture crpitait continuellement dans lair avec une force inoue, en peignant des scnes irrelles et rvoltantes comme celle qui montre la construction dune norme fosse crmatoire, en ouvrant, au passage, un saisissant aperu sur le chaos de lpoque engendr par le premier conflit mondial.Mais il nest pas quhistorien, il est aussi romancier et place au centre de ce voyage dans linhumanit, un homme, un personnage, en accordant une grande attention à son enfance, à ses premiers pas, à sa vie prive et à ses sentiments fluctuants. En fin psychologue, il distille un malaise chaque fois quil nous indique que la gorge de Lang se noue. On ne manque pas dtre surpris cet homme ntait pas fondamentalement cruel ou sadique. Cest la crainte que lui inspirait son pre qui la conduit peu à peu vers une obissance sans limites. Il tait simplement honnte, srieux, travailleur, fidle et respectueux vis-à-vis de ses suprieurs, avait le culte du chef, tait anim par le sens de lhonneur et la soumission à la hirarchie. Cela le rend dautant plus terrifiant, car il est tantt odieux, tantt attendrissant cest, pendant la journe, un tortionnaire qui, le soir, demande à son fils ce quil a appris de nouveau à lcole. Ses propos et ses ractions sont droutantes et insoutenables. Robert Merle montre bien comment cet homme a pu en arriver à excuter le plus grand crime de lhumanit en labordant de la faon la plus industrielle qui soit. Le livre fait comprendre comment tant dAllemands normaux sont devenus des bourreaux par soumission à lautorit. En perspicace analyste politique, Robert Merle dmonte les rouages assassins dun rgime totalitaire. En profond philosophe, il pose les questions essentielles de la responsabilit personnelle et de la responsabilit collective, de la culpabilit, du passage dune conscience humaniste à une mcanique criminelle selon un implacable dterminisme. Rudolf Lang, homme normal, ni sadique ni fanatique, ntait-il pas destinpar son milieu, par lHistoire, à accomplir ses actes Sa faute a t de ne pas avoir suivi sa conscience. Il se dfend en affirmant que, sil avait refus dobir, quelquun dautre aurait excut lordre. Il y a toujours, en effet, des individus prts à faire ce quon leur ordonne. Il na malheureusement pas t le seul à obir à des ordres aussi inhumains. Le massacre naurait pas eu lieu dans le seul cas dune rsistance gnrale. La conclusion de Robert Merleest que, dans une socit o les actes ne sont plus contrls par lopinion de la majorit, tout devient possible, et que, pour excuter ses projets, une socit de ce type trouve toujours des excutants pour ses crimes. Il y a eu, sous le nazisme, des centaines, des milliers de Rudolf Lang, sans conscience ni morale, ports aux plus hauts postes par leur srieux .Tout ce quil fit, il le fit non par mchancet, mais au nom du respect de ltat, de la fidlit au chef, de la soumission à lordre, bref, en homme de devoir. La mort est mon mtier a t un des plus grands succs de Robert Merle....
Download